Concession de Jaujac : histoire

 

Par pétitions des 17 février et 21 mars 1858, une demande en concession  signée d'Hippolyte Vindry, Hector Philippe Morel, Lacombe et cie[1] regroupés en société civile par acte du 4 avril 1855, est déposée à la Préfecture de l'Ardèche portant sur 1.560 ha sur les communes de Jaujac et La Souche. A cette demande s'opposent plusieurs demandes concurrentes à commencer bien sûr par la compagnie des mines de Prades et Nièigles sur 903 ha ; les autres demandes concurrentes émanent l'une de M. Wurstin, garde forestier en retraite (1.094 ha), demeurant à La Souche, et l'autre de MM. Roche, Chanaleille et Cie, domiciliés à Jaujac (582 ha). Les deux dernières demandes sont rapidement rejetées, leurs auteurs n'ayant fait aucune recherche et n'ayant aucun moyen pour mettre en place une exploitation. La compagnie de Prades aurait certes les moyens d'entreprendre l'exploitation de cette mine, mais elle n'a fait pratiquement aucune recherche ; il est apparu que ce serait surtout pour elle le moyen d'éliminer une concurrence possible. Reste la société Vindry qui est la seule a avoir fait des recherches sérieuses bien non concluantes. Le conseil général des mines donnera d'ailleurs le 26 novembre 1858 un avis favorable à l'attribution de la concession de Jaujac aux 19 personnes formant la société Vindry et cie. Mais ce ne fut pas le cas du Conseil d' Etat qui émit de sérieux doutes. En effet, l'objectif de la société n'est pas tant le gisement de Jaujac en soit, mais comme partie d'un très vaste projet qui comprendrait la construction de hauts-fourneaux à Aubenas alimentés par les mines de fer de la région et, entre autre, par la houille de Jaujac. A la suite de la société civile constituée le 4 avril 1855, Lacombe, Vindry et consorts créèrent la société en commandite des houillères et mines de fer, des fonderies et forges d'Aubenas, sous la raison sociale Vindry et Cie à laquelle devait être apportée la concession de Jaujac. On verra les détails concernant cette société au chapitre « mines de fer » (concession d'Aubenas).

 Toujours est-il que le Conseil d'Etat pose une question de fond : « que peut avoir de réalisable le projet de la société de réaliser à Aubenas une usine métallurgique consistant en hauts-fourneaux et forges et quelles de succès ce projet pourrait-il offrir ? » ; ce quoi l'Ingénieur des Mines répond que ce « une entreprise hasardeuse mais non irréalisable ». Mais la situation de la société est précaire : changement de gérant, avis défavorable de l'administration pour l'installation de la future usine (elle sera finalement retirée), etc.

 La concession de Jaujac d'une superficie de 452 ha attribuée par décret du 8 juillet 1865 au profit de MM. Jean André et Antoine Jean Louis, Vicomte Tardy de Montravel.

 Un litige opposa la compagnie de Prades et les exploitant s de Jaujac se fit jour dès 1869 au sujet des limites respectives de leur concession ; en effet l'ordonnance créant la concession de Prades avait fixé comme limite ouest la route de Jaujac à Largentière ; or, une nouvelle route avait été construite sans que l'on puisse en déterminer la date précise de construction. L'affaire monta au Conseil d'Etat qui trancha. Cette zone, environ 71 ha, était vitale pour Jaujac car elle comprenait l'amont pendage de son gisement jusqu'aux affleurements. En fait, cette zone avait déjà été fortement exploitée par les deux compagnies ; chacune s'estimant dans son droit. L'administration dû intervenir pour faire cesser les travaux, mais le gisement était considéré pratiquement comme épuisé.

 En 1881 Antoine Jean Louis devient seul propriétaire suite à une adjudication sur licitation. L'exploitation est le plus souvent amodiée à des exploitants, notamment en 1885 à M. Berato, en 1901 à M. Moguier. Un acte de partage de 1904 et un acte de licitation de 1909 font du Vicomte Emmanuel, Marie, Luis, Eugène de Tardy de Montravel le seul propriétaire lorsqu'il vend la concession le 30 octobre 1920 à M. Camille Terrabust pour le somme de 25.000 francs. La vente est autorisée par décret du 15 février 1922.

 Camille Terrabust bénéficia de deux concours financiers pour l'acquisition et l'exploitation de sa concession : un prêt de 100.000 francs de la Société des pétroles et combustibles en France  remboursable le 16 novembre 1922 et comportant une hypothèque sur la concession et une somme de 60.000 francs mise à la disposition de M. Terrabust par son beau-père (M. Abel Ferrier, pharmacien à Alès). Mais l'ingénieur en chef des mines dans un avis du 12 novembre 1921, émet des doutes : « (ces sommes) auront bien probablement disparu à la date indiquée et il est à craindre que la société des pétroles et combustibles en France n'ait d'autres ressources pour recouvrer sa créance que de faire alors vendre la mine ».

 Ces prédictions arrivèrent : en avril 1922, Terrabust abandonna brusquement les travaux de cette mine en laissant un arriéré de 11.000 francs dû comme salaires aux ouvriers. Il s'est déclaré au sujet de cette affaire en liquidation judiciaire (et s'est fait par la suite, étant ingénieur de formation, embaucher chez Peňarroya à la mine de Pierrefitte).

 Ces derniers renseignements proviennent, non pas du dossier de la concession de Jaujac déposé au Archives nationales, mais de celui de la concession de pyrite de fer de Cendras dans le Gard. En effet, Abel Ferrier avait acquis à la même époque (le 6 mars 1920) pour 2.000 francs, la concession de pyrite de fer de Cendras dans un esprit d'ailleurs purement spéculatif. Abel Ferrier devait décéder peu de temps après laissant pour seule héritière sa fille Jeanne, épouse Terrabust. C'est celle-ci qui demanda la régularisation de l'achat de la concession de Cendras effectué par son père. D'ailleurs Terrabust se sachant « grillé » après les déboires de Jaujac ne s'était pas porté candidat pour que la régularisation soit faite à son nom ; il dit même dans une lettre du 12 août 1925 à l'administration des mines : « Il est absolument logique après la situation que je me suis créée par l'exploitation de Jaujac (que l'administration) ne veuille pas accorder à Tarrabust (sic) une nouvelle concession ». L'autorisation ministérielle de mutation de cette concession à sa femme sera d'ailleurs rejetée par décret en août 1925 (L'ingénieur des mines avait conclut son rapport par un avis défavorable : « on doit éviter de recommencer pour Cendras ce qui s'est passé à Jaujac »).

 En fait, Camille Terrabust, n'en était pas à son coup d'essai. En 1917, nous sommes en pleine guerre, mais Camille Terrabust ne part pas au front, il est affecté comme sursitaire pour s'occuper de la mine d'anthracite de La Visard en Savoie qu'il acquiert le 2 août auprès de la compagnie des mines de Maurienne pour la somme de 3.000 francs payés comptant. Les travaux effectués sur cette concession (inexploitée depuis longtemps) furent insignifiants.

 Déjà c'était en fait son beau-père, Abel Ferrier, qui se porta garant en terme de capacités financières, soit 25.000 francs puis 75.000 francs. En octobre 1918, Terrabust, alors sursitaire, a été d'office affecté par le service des mines comme ingénieur à la compagnie de St Michel et Sordières. Comme le dit l'inspecteur général : « il faut savoir qu'en même temps que M. Terrabust remettait en activité la mine de La Visard, s'occupait de diverses négociations relatives à d'autres concessions minières de la région ... ». Le 9 septembre 1917, par exemple, il avait obtenu de la commune de St Martin d'Arc l'amodiation de la concession de La Charbonnière qui est contiguë à celle de La Visard, moyennant un loyer de 100 francs par an et l'obligation de fournir le charbon aux habitant à 5 francs la tonne. Le 19 mai 1918 le loyer fut porté à 250 francs et la livraison de charbon limitée à 100 tonnes. Mais cette amodiation n'a jamais été régularisée au niveau ministériel[2]. Une négociation aurait été ouverte pour la rétrocession de ces deux concessions à une société minière locale, la Compagnie de St Michel et Sordières. La demande de mutation de la concession de La Visard déposée par Terrabust est acceptée par le Conseil Général des Mines le 6 juin 1919. Mais il sera désavoué par le Conseil d'Etat qui, estimant que les capacités financières du demandeur sont insuffisantes, rejettera la demande le 10 juillet 1919.

 En effet, la compagnie des mines et usines de St Michel et Sordières est à la fin de la Guerre et depuis de nombreuses années, en difficultés financières et probablement cherche de nouveaux capitaux. Affecté auprès de cette Compagnie, Terrabust servit, dans des conditions non élucidées, d'intermédiaire avec la banque Louis-Dreyfus et sa filiale la Banque Italienne d'Escompte qui racheta fin 1918, 90 % de la société des mines et usines de Sordières. Toujours est-il que le Compagnie de Sordières ne racheta pas la concession de La Visard et que Terrabust dû abandonner. Le rapport de l'ingénieur des mines du 22 avril 1919, est catégorique : « j'ai toujours été d'avis que M. Terrabust n'avait acquis la mine [de La Visard] que pour se faire mettre en sursis. Ce résultat obtenu, il s'est occupé non d'exploiter, mais de faire des affaires[3] ».

 Pour en revenir à Jaujac ; Terrabust fut déchu de son titre de propriété par arrêté du 8 février 1938, une première vente aux enchères restera sans résultat, puis une seconde vente sur adjudication restreinte fut effectuée le 10 juin 1940 au Tribunal de Privas ; elle fut remportée par M. Ernest Dupuy (de Privas). Toutefois avant même qu'un dossier de mutation n'ait été déposé, Dupuy tenta de revendre sa concession. Le 11 juillet 1940, il réussit à revendre la moitié de la concession à MM. Julien et Gassmann (acte sous seing privé du 11 juillet 1940). Ces derniers bénéficient de l'exclusivité de l'exploitation, Dupuy se réservant tout de même au passage 30 % des bénéfices. En raison de ces malversations, le décret du 17 février 1941, rejette la demande de mutation présentée par M. Dupuy[4] et de ce fait la propriété de la concession resta à l'Etat.

  Elle est amodiée MM. Julien et Lacroix par décret du 21 juin 1943 pour une durée de 30 ans. La concession  est annulée par arrêté du 18 octobre 2002.

 



[1] en tout 19 personnes

[2] Depuis 1911, toute vente ou amodiation de concession minière doit faire l'objet d'une autorisation administrative par décret en Conseil d'Etat.

[3] comme intermédiaire entre la compagnie des mines et usines de Sordières et la banque Louis-Dreyfus qui l'a racheté.

[4] Ce Dupuy tentera le même « coup » dans le bassin de la Loire en achetant et revendant les concessions, inexploitées, de Frigerin et de Combeplaine dont la mutation lui sera refusée.

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