concession de Jaujac : l'exploitation

 Le faisceau de Jaujac occupe la partie occidentale du bassin houiller de Prades et Nieigles en cuvette dans les terrains primitifs, en bordure du cratère de Jaujac, postérieur à la formation du bassin houiller. Il se compose de 3 couches. Sous l'effet d'un pli anticlinal ces couches ont un pendage général Ouest de l'ordre de 50° ; la couche 0, la plus au toit, a 10 à 15 cm d'épaisseur, la couche 1, intermédiaire, est la seule considérée comme exploitable dans le quartier de Sénentille,  la couche 2 a été reconnue dans le quartier du Travers-Bancs et dans le quartier de Sénentille sur 50 m. en ce dernier point elle est complètement schistifiée. Une 3ème couche supérieure n'a que 10 à 15 cm d'épaisseur et n'a jamais été exploitée. Le charbon est du charbon maigre de mauvaise qualité à 8,5 % de MV et très sale, sa teneur moyenne en cendres va de 30 à 40 %.

 Cette concession a fait l'objet de nombreuses tentatives d'exploitation : de 1865 à 1880 (845 tonnes extraites), de 1881 à 1883 (248 tonnes), de 1889 à 1891 (181 tonnes), de 1901 à 1903 (795 tonnes) puis enfin de 1920 à 1922 (1.500 tonnes).

 Les anciens travaux ne se sont développés que dans deux quartiers séparés par un rejet de 20 m, le quartier  Sénentille au sud et celui du Travers-bancs au Nord.  Les longues recherches effectuées avant l'institution de la concession et les maraudages pratiqués depuis longtemps par les habitants de la région n'avaient laissé que peu de charbon au dessus du niveau hydrostatique.

 Travaux de recherches de la société Vindry et cie et autres avant 1859

 La société Vindry et Cie a exécuté sur la rive gauche du Lignon une galerie de 58 mètres de long et le puits de la Souche poussé à 33 m de profondeur (qui a recoupé à 16 m un filet charbonneux de 0,50 m) et, sur la rive droite, la galerie du Peyron qui atteignait en 1859 65 m (sans résultat jusqu'ici), un petite descenderie de 20 et une galerie  en direction qui a recoupé la couche Légant ainsi que différents grattages, le puits Peyron qui a été poussé à 71 m, ce puits a recoupé à 43 m de profondeur, une couche de 0,80 m d'épaisseur.

 La compagnie de Prades avait creusé le long de la route de Jaujac à Largentière, un petit puits de 8 m qui a rencontré la couche Légant.  La compagnie Roche, Chanaleille et cie n'a effectué que des grattages aux affleurements ; enfin Wurstin, autre demandeur en concurrence, n'a effectué aucune recherche.

 Le gisement apparaît aux yeux de l'ingénieur des mines très limité destinée à une consommation locale domestiques et de fours à chaux .

 L'exploitation a essentiellement concerné la couche supérieure au quartier de Sénentille par le puits Peyron (avant l'instauration de la concession puis entre 1940 et 1946) et la couche inférieure entre 1865 et 1920 au quartier Sud du travers-banc. Un quartier Est mentionne sur certaines cartes était, en fait, exploité par la Cie de Prades dans le cadre de la concession voisine Prades et Nieigles.

 

 

Tonnage

Nombre ouvriers

1874

1.944

24

1875

1.399

20

En 1876,  un arrêté préfectoral suspend l'exploitation. L'ingénieur des mines signale dans son rapport : « L'exploitation y est abandonnée à mi-fruit aux ouvriers, mal conduite et mal surveillée. En 1877, le plus grand désordre régnait dans la direction et il en est résulté des incidents judiciaires d'une déplorable nature ; aujourd'hui, il n'y a plus aucune direction». Les travaux reprennent en décembre 1879 à l'ancienne descenderie Peyron mais sont à nouveau arrêtés dès le mois de mai 1880.

Le puits Peyron a été foncé entre les cotes  448 et 406. Le travers bancs se situe à 60 m en amont du Puits Peyron sur la rive droite du ruisseau.

En 1885, la concession est amodiée par M. Berrato jusqu'au 10 avril 1896. Les travaux sont de très faible importance et consistent en glanages dans les anciens travaux. Il avait été d'abord envisagé de déblayer l'ancien puits Peyron, mais ce projet fut abandonné en 1887.  En 1888, l'exploitant reprend l'ancienne galerie Peyron qui atteint en 1893, 250 m. Il n'y a alors qu'un seul chantier d'ouvert d'accès difficile à cause de la faible hauteur donnée à la galerie de roulage ; celle-ci est munie d'une voie ferrée sur une longueur de 180 et de là au chantier le traînage se fait au moyen de paniers. En 1889, l'extraction est de 116 tonnes et 63 tonnes seulement en 1890.

A partir de décembre 1894, l'ancienne galerie Peyron est abandonnée au profit de la galerie (descenderie) de Jaume près du hameau de Sénantille. Mais ce quartier nécessita la mise en place d'un treuil d'extraction à bras et d'une pompe à main. La galerie est relevée jusqu'à 35 m de profondeur suivant la pente. Le 10 avril 1896, Berrato abandonne le chantier et « a quitté le pays ». La mine n'occupe dans cette période que 2 à 3 personnes, y compris l'exploitant.

- Travaux de 1896 à 1901

Le 1er septembre 1896, les travaux sont repris par M. Jaume qui après remise en état continue la galerie en direction vers le sud et veut également continuer à approfondir la descenderie à 63 m. Le personnel employé est alors de 6 ouvriers dont 2 mineurs, 1 rouleur, 2 hommes à la pompe et 1 à l'extérieur. Mais les travaux sont à nouveau suspendus le 1er avril 1897. Dans son PV de visite du 7 avril 1897 l'inspecteur mentionne « on a eu un moment l'intention d'y installer une machine à vapeur locomobile, mais on a renoncé à ce projet en raison du peu d'avenir de l'entreprise » et il concluait : « il est peu probable que cette exploitation soit reprise ».

 

 

Production (t)

 

Production (t)

1880

98

1890

63

1885

37

1891

50

1886

130

1892

37

1887

89

1893

37

1888

161

1894

43

1889

116

1895

21

 

 

1896

62

En 1901, la concession est amodiée à M. Moguier d'Alès qui reprend les glanages en couche intermédiaire au quartier Sénentille. L'extraction est de 500 tonnes en 1901 et 295 tonnes en 1902. Les travaux sont arrêtés en juin 1902 .

- Travaux de 1920 à 1922

Ils reprennent en août 1920 par Tarrabust jusqu'en juin 1922. Ce dernier continue les glanages dans les deux quartiers poussant dans celui de Sénentille des dépilages jusqu'à la cote 388 sur un allongement de 90 m en couche intermédiaire. Le tonnage extrait par Tarrabust est 187 tonnes en 1920 et 1.028 de janvier à septembre 1921.

En aval et à 55 m du Travers-bancs, Terrabust a fait commencer le nettoyage du puits Peyron qui avait recoupé à 43 m de profondeur la couche intermédiaire. Il était prévu d'approfondir le puits pour faire une exploitation en aval-pendage. Plus de 257.000 francs auraient ainsi été dépensés (dont 90.443 francs de salaires). En avril 1922, les travaux sont brusquement arrêtés dans les conditions que l'on a vu.

- Travaux de 1940 à 1946

Le 15 juillet 1940, MM. Julien et Gassmann fort d'un contrat passé avec Ernest Dupuy, qui a remporté l'adjudication de 1938, reprennent l'exploitation sous la conduite technique d'un ingénieur civil des mines, ancien directeur des mines de Prades, M. Blanc. Mais l'association Julien-Gassmann cesse le 7 avril 1941, M. Julien s'associé alors avec son gendre M. Lacroix qui obtiennent le transfert à leur profit de l'amodiation de la concession.

MM. Julien et Lacroix avaient depuis novembre 1942 passé un contrat avec la société des Tissages et Soieries Réunies (TSR), en accord avec le répartiteur des charbons, pour l'absorption de la production de la mine[1]. En contre partie la société intéressée a participé aux frais d'exploitation dont la conduite technique était assurée par M. Nicolaï, ingénieur civil des mines et ingénieur conseil de la dite société.

L'exploitation reprend en 1940 d'abord au quartier Légal sur le dépilage d'un petit pilier en affleurement en couche intermédiaire à 290m à l'Est du TB cote 425. Ensuite les travaux sont repris dans le quartier de Sénentille après son dénoyage. Ce dernier est séparé du quartier du travers-banc par accident par lequel les couches se trouvent affaissées d'environ 15 cm dans le quartier de Sénentile. Une chaudière, un treuil, une pompe à vapeur et un ventilateur ont été installés. Le dénoyage est achevé en juillet. L'exploitation s'est faite par une descenderie tracée dans la couche à partir de laquelle on a tracé 3 niveaux : 414, 405 et 391.

A partir du niveau 414, côté Sud, rien n'a été reconnu. Côté Nord, on a rencontré une couche serrée comportant 20 cm de schistes charbonneux, de sorte que le panneau 414-405 n'a pas été exploité.

 Le niveau 405 a suivi comme le niveau 391 une couche comportant du toit au mur : 5 cm de bon charbon, 20 cm de schiste, 20 cm de charbon barré, 30 cm de schiste et 10 cm de bon charbon. Le panneau compris entre ces deux traçages a été entièrement dépilé, amis aucun travail de reconnaissance n'a été effectué.

 L'exploitation menée avec peu de moyens est très déficitaire. En novembre 1941 le déficit depuis le début s'élève à plus de 250.000 francs. L'exploitant poussé par la nécessité d'avoir du charbon a dès le début négligé les travaux préparatoires, ce qui fait que la production a été arrêtée 3 mois en 1943. Le Service des Mines exigea un plan rationnel d'exploitation qui permit de reconnaître la couche intermédiaire au niveau 405 Nord comme inexploitable, qui fit reconnaître que la couche 2 au mur du même étage était entièrement schistifiée et qui fit pousser le niveau 405 jusqu'au puits Peyron pour réaliser un aérage. Les effectifs sont très variables d'un mois à l'autre. En janvier 1941 il est de 24 hommes au fond, 12 au jour et 2 surveillants soit 38 personnes ; il tombe à 16 hommes au fond, 7 au jour et 1 surveillant en mai 1941.

 En 1944 la production a été de 1.650 tonnes. L'effort a été mis sur les travaux préparatoires : le plan d'extraction de Sénentille a été poussé de la cote 405 à la cote 386 et des traçages ont été effectués aux cote 45 Nord, 391 Nord et Sud, enfin le dénoyage du puits Peyron a été entrepris.  A partir de juillet les évènements de la Libération ont considérablement ralenti la production par un très fort absentéisme et le manque de moyens de transport. Au début 1945, la société TSR ayant dénoncé son contrat, les travaux prennent fin en 1946.

 La mine a été classée faiblement grisouteuse en 1946. L'exploitation s'est faite par petites tailles montantes à front oblique avec remblayage partiel prises entre deux niveaux. L'abatage se fait au pic et à la perforation à la main, la société n'ayant jamais voulu investir dans du matériel moderne. L'entrée d'air se fait par la descenderie et le retour par le puits Peyron au sommet duquel est installé un ventilateur mû par un moteur diesel de 50 cv ; l'air descend jusqu'au niveau 391, emprunte le niveau 391 Nord, la taille Nord où sont effectués les travaux et retourne vers le niveau 405. Les produits sont remontés à l'étage 391 par un treuil à vapeur alimenté par une chaudière installé au sommet du plan. En surface existe un petit criblage permettant d'obtenir des fines 1-30 et 30-80. Il n'y a pas de lavoir, le 30-80 est trié à la main.

 En dehors des Tissages et Soieries Réunis, la charbon est vendu également à la Générale de Textile (La Voulte), les Moulinages de France (Grenoble), la société nouvelle Viscose (Grenoble) et des foyers domestiques.

 Jusqu'en mai 1946, les travaux ont uniquement porté sur la mise aux normes de l'exploitation avec les prescriptions des mines faiblement grisouteuses : percement d'aérage et aménagement d'un retour d'air général aboutissant au niveau 405 du puits Peyron ; installation à l'orifice de ce puits d'un ventilateur aspirant actionné par moteur semi diesel de 50 cv qui par transmission assure également la marche d'un alternateur d'une puissance apparente de 35 kVA fournissant l'énergie nécessaire à la marche des pompes et ventilateur secondaire. Les dépilages reprennent en juin 46 entre les niveaux 391 et 401 ainsi que la reprise du plan d'extraction dit « plan de Sénentille ». Mais les dépilages côté sud se heurtent à une faille tandis que vers le nord ils rencontrent une serrée. L'exploitant découragé par la médiocrité du gisement, les faibles rendements et les faibles moyens financiers dont il dispose décide d'arrêter les travaux le 21 décembre 1946 (production 1946 : 1.812 tonnes avec un effectif moyen de 43 personnes dont 15 seront réembauchés dans le bassin du Gard).


 


 

[1] Rapport de l'ingénieur des mines sur la fermeture de la mine de Jaujac - 30 décembre 1946 CAC 771432-

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