Le bassin de Banne avant 1822

Les mines de Banne sous la Révolution :

 

En l’an II de la République, le secteur de Pigère comprend 3 mines : une  mine exploitée par Joseph Martin , une exploitée par Jacques-Marie Lahondès et Gantzler et enfin une exploitée par Antoine Platon. La situation des ressources énergétiques dans le district du Tanargues est alors préoccupante : la région est presque entièrement déboisée et la demande de combustible est forte, de la part des habitants bien sûrs mais aussi de l’industrie : filatures de soie, élevage des cocons, forges et surtout industrie du salpêtre, indispensable en ces temps de guerres.

 

Or, ces trois mines sont dans un état déplorable. La mine de Joseph Martin, mal située, tombe de plus en plus dans des anciens travaux et doit être bientôt abandonnée. Les deux autres mines souffrent de nombreux problème en particulier, le mauvais aérage des travaux fait que l’air est vicié, dangereux et fait s’éteindre les lampes. Un autre problème est celui de l’accumulation des eaux dans les chantiers. Sous Tubeuf, un canal d’évacuation des eaux avait été commencé mais il était resté inachevé au début de la Révolution. C’est un travail considérable, un énorme investissement que les propriétaires locaux ne peuvent entreprendre. Dès le 13 fructidor an II, les administrateurs du district émettront le vœu que ce soit la Nation qui prennent en charge ces travaux indispensable à la population locale : « Est d’avis : 1) que la Nation doit de suite à ses frais faire continuer le canal commencé par Tubeuf pour procurer l’écoulement des eaux qui en temps de pluie se ramassent dans la mine dont il s’agit  et qu’à cet effet l’ingénieur en chef du dpt doit être charge d’adresser le plan du dit canal et le devis estimatif des ouvrages pour avis  de la commission de travaux-publics … »

 

Il vont demander conseil auprès de l’ingénieur Gensanne, alors directeur des mines de Villefort. Celui-ci prodigua des conseils (comme de revenir aux règles de l’art) et, en particulier celui de nommer le maître mineur Christian Guillaume pour superviser les travaux des mines de Pigère : « l’arrêté du Directoire du district de Tanargue en date du huit du courant [fructidor an II] par un article duquel l’administration en approuvant le choix que nous avons fait du citoyen Christian Guillaume pour directeur, sous notre inspection, des susdites mines, autorise la convention que nous avions faite avec ce maître mineur au sujet de son salaire fixé à cent vingt livres par mois outre une chambre pour son logement et un lit, à la charge que ces frais seront supportés par les propriétaires des mines pendant tout le temps que l’exploitation en sera faite à leurs profits ou qu’ils en retireront le produit, lesquels frais seront supportés en raison du dit produit ; en conséquence, et du consentement volontaire des propriétaires de chacune des trois mines en activité,  nous en avons fait la répartition suivante savoir : Platon trente sols par jour, Martin de même, Jacques Marie Lahondès et Gantzler[1] associés, vingt sols et le logement, après quoi nous leur avons enjoins de reconnaître le citoyen Christian Guillaume en qualité de directeur et de n’entreprendre aucun nouvel ouvrage relatif à l’exploitation des mines sans son autorisation expresse, à quoi ils se sont verbalement mais expressément engagés » [2].

 

Ce ne sont que toutes petites exploitations. Lorsque le commissaire inspecteur des mines du district visite la mine d’Antoine Platon il décrit :  « nous sommes entrés dans la dite mine pour en constater l’état. La galerie est généralement assez spacieuse, il est cependant des endroits où sa hauteur n’est que de trois pieds à trois pieds et demie, ce qui gène infiniment la sortie du charbon qui dans ce moment s’y extrait à cinquante toises de profondeur dans la montagne. Arrivés à son extrémité, nous avons découvert que trois mineurs pourraient aisément s’y placer et en extraire aux environ de deux cents quintaux toutes les vingt-quatre heures …Ceux qui y travaillent actuellement sont au nombre de sept, savoir Antoine Platon, Antoine Martin et Antoine Lapierre employés comme piqueurs, François Martin, Jacques Platon, Jean Lapierre et Antoine Castagnet employés comme manœuvriers. Nous les avons tous requis, au nom de la Loi,  de s’occuper sans relâche  à l’approvisionnement du public et à ne point abandonner leur poste à peine d’être déclaré suspect et traité comme tel et comme mesure de police nous avons requis Jacques Platon père de se tenir à l’avenue de la mine pour y tenir registre de toutes les personnes qui viennent s’y approvisionner afin que le premier arrivé soit le premier servi sans que dans aucun cas il ne puisse y avoir de préférence excepté en faveur de ceux qui voiturent du charbon pour l’atelier de salpêtre et qui sont munis d’un ordre exprès du directeur de l’atelier…»[3].

 

Pour ce qui est de la mine de Lahondés et Gantzler, le même rapport note : « Après quoi nous nous sommes  transporté à la mine présentement exploitée par Jacques Marie Lahondés sous la direction de Gantzler . Cette mine située près du chemin présente tous les avantages qu’on peut désirer pour la commodité des voituriers. Le charbon y est tellement abondant qu’il est partout à hauteur d’homme et d’une excellente qualité ; mais à mesure qu’on s’enfonce dans la montagne les eaux y forment des cavités qui rendent tout travail impossible … si cependant la République voulait faire les frais d’un canal d’environ cinquante toise … cette carrière serait d’un produit immense … Ayant continué ensuite le parti qu’on pourrait tirer dans le moment de la mine exploitée par Jacques Marie Lahoudès et Gantzler, avons jugé qu’un piqueur et un manœuvrier suffisaient à faire le travail que le mauvais état de cette mine pouvait permettre et avons en conséquence mis en réquisition à cet effet Joseph Rieutord en qualité de piqueur et Antoine Laganier pour manœuvrier avec injonction aux citoyens Jacques Marie Lahoudès et Gantzler   de ne pas discontinuer à travailler à leur mine… ».

 

Quant à la mine de Joseph Martin elle est alors arrêté : « Pendant que nous étions occupé à l’examen de la dite mine, nous avons appris que Joseph Martin de Pigère avait non loin de là, une mine qu’il avait autrefois exploité et qu’il n’a abandonné que depuis quelques mois à cause d’un écoulement qui y survint … nous l’avons fait appelé, il était absent mais sa femme … a dit que son mari reprendrait l’exploitation … s’il trouvait des ouvriers qui voulaient de suite y travailler… nous avons sommé le dit Joseph Martin en la personne de son épouse de faire de suite travailler à déblayer l’encombrement fait à sa mine afin de procurer du charbon le plus tôt possible et pour le faciliter dans cette opération, avoir requis les quatre ouvriers nommés ci après, savoir Jacques Dumas, Antoine Merle, Raymond Champetier et Joseph Richard ».

 

Mais les difficultés d’exploitation persistent et les demandes de l’industrie du salpêtre se font de plus en plus pressente. Dans son rapport du 7 thermidor an II le commissaire inspecteur des mines de Pigère écrit : « nous avons enjoins aux citoyens Platon et Martin associés de tenter avec précaution de faire sortir l’air méphitique [sic] qui s’est enfermé dans leur mine ce qui ne sera peut-être pas impossible au moyen de deux caisses qu’a imaginé le citoyen Guillaume, directeur des mines, et dont les premiers essais ont parfaitement réussi ; mais ces citoyens pouvant cependant ne pas produire tout le succès qu’on peut en attendre,  nous avons cru devoir engager Marie Lahoudès et Gantzler  associés de faire une nouvelle tentative à leur mine et d’y faire percer un rocher derrière lequel toutes les probabilité sont qu’on trouvera du charbon… ». 

 

Quant au canal, le dossier suit son cours et remonte à Paris. Le 6 vendémiaire an III, l’Agence des mines se penche sur la question, émet un avis favorable et … transmet le dossier à la commission des Travaux-Publics.

 

Le 22 germinal an III, le frère de Gantzler écrit à l’agence des mines de la République : « François Gantzler, mon frère, travaillant en qualité d’ouvrier dans cette mine [Pigère], vient de perdre la vie d’une pleurésie qu’il avait attrapé en s’acquittant de ses devoirs… il a laissé sa femme avec sept enfants tous en bas âge … et comme nous sommes des étrangers au pays, que nous n’y avons ni parent ni amis, et que la Nation si bienfaisante ne prétend point que des personnes attachées à de pareils  travaux  soient dans la misère, j’ai recours à vous, citoyens, pour vous prier avec la dernière instance de faire valoir une pension à cette femme et à ses enfants… ».

 



[1] mineurs alsaciens que Tubeuf avaient fait venir en son temps

[2] Procès verbal de visite du 12 fructidor an II :

 

[3] Procès verbal de visite du 1er messidor an II 

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