concession de lignite et schistes bitumineux de Vagnas : histoire

 

a)      Les mines de Salavas

 Le 17 août 1778, le comte de la Gorce[1] obtient de l’intendant de la Province du Languedoc une permission provisoire (un an) d’exploiter une mine ce charbon à Salavas, commune limitrophe de celle de Vagnas, située au lieu dit le Ravin de la Roche. Le charbon apparaît abondant et de bonne qualité. Le subdélégué de l’Intendance du Languedoc  au département du Bas-Vivarais visite l’exploitation et dresse un procès-verbal de constatation le 20 juin 1778. L’exploitation, ouverte depuis peu, est dirigée par la maître mineur Joseph François. Il souligne la nécessité de développer l’extraction de charbon de terre, l’industrie de la filature de la soie étant à l’origine d’une importante déforestation. Une concession est ensuite demandée par MM. Puaux et Lasseray.

 L’autorisation de fouille est renouvelée le 11 avril 1780 en faveur de Puaux et Lasseray pour 9 années pat la communauté de Salavas avec l’agrément du Seigneur. Les habitants de Salavas se sont toutefois réservé le privilège de pouvoir acheter le charbon un sol de moins que le prix courant. Mais le charbon apparaît de si mauvaise qualité que l’exploitation en est rapidement suspendue. Le territoire sera ensuite enclavé dans l’immense concession Tubeuf, même si, par exception, Puaux et Lasseray demande l’autorisation de poursuivre leurs travaux.

 b)      La concession de Vagnas

 La concession de Vagnas a été attribuée sur 195 ha par ordonnance royale du 13 janvier 1842 pour le lignite seulement au profit de Jean-Pierre Vital, Jean-Xavier Chaussadis..

 Il apparaît assez rapidement que le périmètre de la concession ne couvre pas tous les terrains susceptibles d’être exploités et de nombreuses demandes en concessions affluent à la préfecture. De plus la concession primitive ne couvre que la lignite, pas les schistes  bitumineux sur lesquels on fonde maintenant beaucoup d’espoirs. Cette extension avait déjà fait l’objet de plusieurs demandes en particulier en 1845 par M. Martin et en 1848 par les concessionnaires de Vagnas eux-mêmes, à l’époque Vital et Chaussadis. Vital, Etienne Martin (propriétaire à Vagnas) et Bacagel (qui s’est substitué à Chaussadis) renouvellent leur demande en décembre 1854. En mai 1856, Molines, Auguste et Alfred Guez font opposition et demandent à leur tour une concession (Martin leur avait entre temps cédé ses droits). En novembre 1856, François Erme  qui a racheté les droits de Vital et Bacagel, demande à son tour une concession entrant directement en concurrence avec celle demandée par Molines et les Guez.

 Finalement tous vont se réunir en une société commune en juillet 1857 qui, le 8 août 1857 va déposer une nouvelle et unique demande en concession : François Erme (ancien avoué), Louis vicomte Hutteau d’Origny, Henri Auguste Guez (ancien notaire), Alfred Guez-Lavie (ancien banquier), Etienne Martin, Marie Denise Victorine de Sivry épouse de Guillaume Colson qui constituent le 11 mars 1861 une société sous la raison sociale Guez-Lavie et Cie. A ceux ci se joignent également Henry Frédéric Chaussy (constructeur de gazomètres), Louis Gustave Molines (membre du conseil Général de l’Ardèche) et Henri Martin fils. La motivation des uns et des autres est la création d’une distillation des schistes et la fabrication de produits réfractaires.

 Au cours de l’enquête, le conseil municipal de Vagnas prend le 14 février 1858 à l’unanimité une délibération très intéressante que nous reproduisons :

 « Vu la fortune et l’honorabilité des membres qui composent [la société Erme, d’Origny, Molines et autres], désirant cependant procurer aux habitants de la commune et pour leur consommation seulement, du combustible à un prix raisonnable, Considérant que le bois de chauffage manque totalement à la majeure partie de la population et que celle-ci doit nécessairement augmenter, Le conseil municipal émet les vœux suivants : 1° qu’il y ait toujours du charbon à livrer aux habitants de la commune sur le carreau de la mine ; 2° que le prix en soit fixé et ne puisse jamais surpassé celui de soixante et dix centimes les cent kilogrammes, en prenant pour base de ce prix celui auquel est livré un lignite d’une qualité au moins égale qui est extrait dans la commune de Barjac Gard limitrophe de celle de Vagnas ; 3° enfin, qu’il soit livré gratuitement tous les ans et pendant toute la durée de la concession à la commune de Vagnas, pour le chauffage des écoles, cinq mille kilogrammes de la meilleure qualité ».

 Elle est agrandie à 397 ha et étendue aux schistes bitumineux par décret impérial du 26 septembre 1859.

  

 Après mise en faillite de la société, elle est rachetée en 1876 par MM. Berger (de Bollène) et consorts. qui tentèrent une reprise des travaux sans succès.

 En 1904, MM. Berger et consorts mirent aux enchères publiques la concession et différents terrains. Ils furent achetés au prix de 1.860 francs par MM. Adrien Boissier, négociant à Nîmes. Le 23 février 1911 M. Adrien Boissier revend le tout à M. Emile Martin, agriculteur à Ségriès-Vagnas, et surtout intéressé par les terrains, pour le prix de 250 francs.  Par acte du 30 août 1912 elle est vendue par M. Martin à M. Marcel Accabat à titre gratuit (la vente en concerne que la concession pas les terrains). Cette vente est autorisée par décret du 5 octobre 1915.

 Elle est amodiée par décret du 22 novembre 1917 à MM Louis Christophe et Maurice David par MM. Martin et Accabat par acte du 13 août 1915. Le prix payé est une redevance de 1 fr par tonne de schiste et 0,50 f par tonne de lignite extraite. En fait il s’agit plus exactement des héritiers de Louis Christophe, celui-ci étant décédé en 1917, et plus particulièrement son beau-fils, Achille Debout, ingénieur à Nice.

 Le décret du 23 mars 1937, autorise sa mutation à la société des mines de Vagnas à qui Mme Edith Christophe, épouse d’Achille Debout, unique héritière de Louis Christophe son père, et Maurice David, l’avaient vendue le 9 juillet 1936. C’est une société anonyme créée le 29 juin 1936 présidée par M. Louis Hector Notté

 Cette société est liquidée en 1954, la concession est vendue en 1959 à Camille Auclert (propriétaire de « La Literie Royale », 2 rue Marie Curie à St Ouen, on ne voit pas bien le rapport !), mais la vente n’a pas fait l’objet d’une autorisation administrative. Madame Auclert ayant entrepris des démarches dans les années 70, celles-ci ne purent aboutir par suite de la disparition de la société cédante. La concession est finalement annulée par retrait par arrêté du 23 décembre 1999.

    c) Les permis d'exploitation (pex)

A la suite de campagnes de sondages effectuées au sud et à l’ouest de la concession deux demandes de permis d’exploitation (pex) seront d’abord rejetées. Une première émanant de M. Boizard de Guise sera rejetée par décret du 13 août 1936 et une seconde déposée par la société des mines de Vagnas sera rejetée par décret par décret du janvier 1939.

 Mais avec les hostilités et la pénurie croissante d’hydrocarbures, deux permis d’exploitation seront  attribués dans le même secteur à la compagnie des mines de Béthune :

 -          par arrêté du 6 octobre 1942  sur la commune de Vagnas sur 485 ha à l’ouest et au sud de la concession ;

-          par arrêté du 27 mai 1944 sur les communes de Salavas et Vagnas sur 890 ha.

 

Le 4 juillet 1941, la société des mines de Vagnas renouvellera sa demande de permis d’exploitation (pex) mais, vraisemblablement sur l’insistance des Pouvoirs Publics de l’époque, on lui substituera la Compagnie des Mines de Béthune, plus sérieuse et surtout ayant davantage de moyens. Le 7 mai 1942 est mis sur pied le « Groupe d’études de la mise en valeur des mines de Vagnas » associant Béthune ; des industriels dont Pechiney, et des banques. Ce groupe a pour objet d’étudier la mise en valeur des schistes bitumineux de Vagnas et, le cas échéant, de monter une entreprise capable de les exploiter. Un contrat est signé avec l’Etat le 3 décembre 1943 pour l’équipement de la mine et la construction d’une usine capable d’extraire et de distiller 500 t/jour de schistes bitumineux donnant annuellement 14.000 tonnes d’huile brute. L’Etat donne le même jour une garantie sur les emprunts que la société serait amenée à contracter ce qui permit à Béthune de se retirer fin 1944.

 Le 6 octobre 1944 la société des mines de Vagnas demande la mutation des deux pex à son profit. Mais l’autorisation ministérielle de mutation ne sera jamais accordée avant leur échéance fin 1945. Ces deux permis n’ont jamais été exploités.

 

 

 

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