Concession de Sablières : l' historique

La concession de plomb argentifère de Sablières a été attribuée sur 3.783 ha par décret du 18 octobre 1874 au profit de la société Vaschalde et Cie. En 1887 ou 1888 elle est vendue à M. Bailly, notaire à Angers. Le propriétaire est mis en déchéance par arrêté du 31 mars 1902 ; ayant fait retour à l’Etat après mise en adjudication infructueuse le 8 juillet 1903, la concession est amodiée à la société générale de transactions industrielles par décret du 9 août 1930. L’amodiation a été précédée par une mise en adjudication restreinte le 21 décembre 1928. La concession est annulée le 24 mars 1939.

 

La société Générale de Transactions Industrielles

 

La « société générale de transactions industrielles » a été fondée en janvier 1923 au capital de 100.000 francs , porté successivement à un puis à deux millions de francs en 1925. C’est une société très généraliste, surtout intéressée par des achats spéculatifs. Son conseil d’administration est formé de deux armateurs, M. Corblet et M. Hyaffil et d’un capitaine au long cours, M. Briand. Jusqu’ici son activité était surtout orientée vers le transport maritime entre l’Afrique du Nord et les ports de l’Europe de l’Ouest avec le vapeur « Rica »[1].  En conclusion de son rapport au Conseil Général des Mines du 10 février 1930, l’Inspecteur général note : « il résulte des renseignements contenus dans le rapport des Ingénieurs et ceux que nous a personnellement fournis M. Hyaffil que sa société a la prétention d’être beaucoup plus une société d’études qu’une société d’exploitation. Elle cherche à mettre sur pied les affaires les plus diverses, s’occupant aussi bien de navigation ou d’électrochimie que d’exploitation de mines ou de distillation de lignites, avançant des fonds qu’elle se fait ensuite rembourser en actions de ses filiales ». L’intention de la société serait donc de sous amodier la concession. La société n’a-t-elle pas trouvé d’exploitant ou le gisement s’est-il avéré trop médiocre ? Toujours est-il que dès novembre 1932, la société générale de transactions industrielles résiliait le contrat qui la liait à l’Etat pour l’amodiation de cette concession mettant fin ainsi aux espoirs miniers de MM. Hyaffil et Corblet.

 

Au sujet de ce Hyaffil, M. Paul Bois dans son ouvrage sur les armements marseillais[2] en cite deux sans qu’on puisse savoir lequel il s’agit puisqu’on ne connaît pas son prénom : un David Hyaffil qui créa avec des associés (Loewy, Rosenbaum et Cie) à Oran après la Première Guerre Mondiale, la Société Navale Nord-Africaine  (SNNA), armement mais aussi entreprise d’achat et vente de navires, affrètement, etc. La société qui arma deux vapeurs (l’Emir et le Chevalier St Georges) se transféra ensuite à Marseille puis disparaît en 1925. L’autre est Manuel Hyaffil  qui crée en 1928 avec un vapeur acheté d’occasion, le Prado, l’armement Manuel Hyaffil et Cie pour un service entre la France et l’Afrique du Nord. L’entreprise fit faillite en 1931.

 

Le nom de Hyaffil apparaît également dans les tractations douteuses qui ont entourées la société des mines d’agent de La Caunette (Aude) appartenant au non moins douteux groupe Ménagé-Harang auquel il aurait procuré un concours financier.

 

On trouve aux Archives Nationales (F/14/18421) dans le dossier relatif à la concession de plomb argentifère de Sablières, une curieuse lettre de l’ingénieur subdivisionnaire de Carcassonne à Monsieur l’inspecteur général des Mines à Paris dont voici un extrait (le reste concerne exclusivement la concession de La Caunette) :

 

«                                                                                              Carcassonne 26 janvier 1930

 

                        Monsieur l’Inspecteur Général

 

J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du 16 janvier et de vous prier de vouloir bien excuser le retard que j’ai mis à y répondre.

 

Mais, ne connaissant pas M. Hyaffil et n’ayant jamais entendu prononcer son nom, je me suis informé à son sujet.

 

M. Hyaffil, 66 rue de la Chaussée d’Antin, à Paris n’a jamais appartenu au personnel ni au Conseil d’administration de la société des mines d’argent de La Caunette, propriétaire des deux concessions superposées de fer et de plomb argentifère de la Caunette (Aude). Il se serait borné, je crois, à procurer un concours pécuniaire à cette société, ou plutôt à présenter M. Ménagé agent financier et directeur occulte de celle-ci à M. Harang  dont le groupe s’occupait à Paris de métaux, de minerais ainsi que de participations.

 

M. Hyaffil, juif d’origine oranaise, s’intéresserait surtout au courtage d’affaires minières. Il s’intitule parfois armateur, il avait été administrateur délégué de la Société Générale de Transactions Industrielles, 43, rue de Provence à Paris.

 

Mais je n’ai pu recueillir aucune information en ce qui concerne le bénéfice considérable qu’il a réalisé sur les titres de La Caunette. Toutefois, l’histoire financière de cette affaire, peut permettre des hypothèses assez vraisemblables… ».

 



[1] en fait sous le couvert d’une société d’Edouard Corblet,  l’Union Maritime France-Algérie

[2] P. Bois Histoire du commerce et de l’industrie de Marseille XIX-XXème siècles tome II- Chambre de commerce et d’industrie de Marseille 1980 p. 357.

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